Week-end en Meuse les 13-14 mai 2022

Après un mois d’activités frénétiques, on ne trouve plus que deux volontaires pour descendre sous terre ce week-end : Laetitia et votre rédacteur, Bernard. Au programme, les carrières souterraines de Savonnières en Perthois et le Rupt du Puits.Départ le samedi à 8h de chez moi. Pas de souci sur la route mais il faut quand même le temps de faire les 150 km, de s’équiper et d’enkiter les cordes. Nous rentrons dans les carrières vers 11h00, direction le gouffre de la Besace que nous attaquons vers 11h30. J’équipe et dès le premier amarrage c’est un véritable colloque technique qui s’installe : quelles sont les règles en vigueur ? Quel nœud choisir ? Un peu plus comme ceci ? Ou comme cela ? Mais la question la plus profonde qui relativise toutes les autres restera : comment ferait Sylvain ? Malgré tout, de puits en puits nous avançons. Il n’y a quasiment pas d’eau qui coule, c’est le grand confort. Arrive un rail pour s’amarrer : les sangles s’imposent. Là c’est un vrai séminaire de réflexion philosophique que nous développons. Mais nous franchissons l’obstacle malgré nos cervelles qui cogitent à 100 à l’heure.

Nous délaissons le parcours évident pour passer la lucarne et nous arrivons dans ce qui pourrait bien être le fond. Je suis devant mais c’est Laetitia qui a gardé la topo. Je mets mon nez dans le boyau qui s’ouvre mais ça m’a l’air vraiment tordu et j’en conclus qu’on est au fond. Bravo, je sors un bounty pour me féliciter. Arrive Laetitia qui ouvre la topo. Ben non, on n’est pas au fond et il faut rentrer dans le boyau bien étroit, avec tête de puits acrobatique à la sortie. Deux jolis puits (comme tous les autres dans la grotte d’ailleurs) et c’est enfin le fond. Il est 13h30 : deux heures pour arriver au fond, dont la moitié à discuter technique. La corde de 114 m arrive tout pile au sol du dernier puits, et franchement on n’avait pas gaspillé la corde sur le parcours. Il n’en fallait pas moins pour faire les clés sur descendeur dans certains puits. Tous les amarrages ou presque ont été utilisés, soit 26 de mémoire.

A la remontée Laetitia déséquipe. Je l’attends de puits en puits pour le soutien moral, mais assez loin pour éviter de relancer des colloques technico-techniques. Résultat nous sommes dans la carrière à 15h. Petit casse-croûte laissé à l’entrée de la Besace puis on redémarre vers la Sonnette que nous attaquons vers 16h.

Cette fois, c’est Laetitia qui équipe. Inutile de dire qu’avec une main courante en entrée et le rail au-dessus du P30 nous invoquons plus d’une fois l’esprit de Sylvain. Mais comme il ne répond pas, Laetitia tranche dans le vif et règle tout ça illico. Elle y croit tellement qu’elle se lance dans le puits des Grands Cercles sur ses propres équipements, en me demandant juste de lui crier d’accélérer si je vois que ses nœuds partent en sucettes. Mais l’émerveillement du puits fait oublier nos sangles et autres sophistications techniques. Nous descendons bien tranquillement pour profiter du spectacle. C’est quand même un des plus beaux, si ce n’est le plus beau des paysages souterrains de Lorraine. Et nous continuons vers le fond où les puits s’enchainent, moins grandioses mais toujours très beaux. Un peu plus de distance entre les puits nous oblige à sortir la C24 en plus de la C114 pour arriver au fond du gouffre. Il est 18h. En bonne justice je déséquipe et nous sortons vers 19h, bienheureux d’avoir survécu toute une journée à nos propres équipements. Nous décidons de faire un détour pour aller repérer les différentes entrées du secteur Avenir / Grande Viaille. Nous musardons dans les carrières sur le trajet et il est 20h quand nous en sortons.

Le temps d’arriver au gîte, que nous avons pour nous tous seuls, de faire la popote, d’étudier les topos affichées au mur etc puis extinction des feux vers minuit.

Le lendemain on se lève vers 7h30 mais, avec le petit déjeuner au soleil et le rangement du refuge, nous n’attaquons le Rupt du Puits que vers 10h. Nous sommes accueillis par un nuage de moustiques qui nous aveuglent jusqu’au bas du puits d’entrée. On va en bouffer à la remontée, mais il paraît que c’est l’avenir de bouffer des insectes, donc on ne fera que prendre un peu d’avance.

Nous entreprenons la remontée de la rivière, vraiment pas gonflée d’eau, et… nous tombons dans des sables mouvants ! On s’enfonce jusqu’aux genoux dans le sable du fond de la rivière, sable liquide qui nous remplit les bottes. Ça ne dure que quelques dizaines de mètres, le temps de se demander si on va ramer comme ça jusqu’au siphon terminal. Puis c’est les centaines de mètres de rivière, dans sa beauté un peu austère mais rendue vivante par l’eau, et aussi par le vacarme que nous faisons en marchant dedans. De temps en temps une concrétion, une bestiole ou un affluent pour animer le parcours. Nous arrivons aux cascadelles mais Laetitia connait le moyen de les passer par les plafonds.

Demi-tour pour aller chercher l’échelle que nous n’avions pas vue en montant. Très belle vire, bien équipée et pas stressante. Ça permet de se rapprocher des plafonds : intéressant et ça change de la marche en fond de méandre. Nous continuons la rivière jusqu’au siphon amont, fin du parcours principal. Dans le secteur, une grosse chauve-souris s’envole devant nous. Cela signifie vraisemblablement que, au moins pour les chauves-souris, le puits d’entrée n’est pas le seul accès au réseau, puisqu’il est bouché par un couvercle bien ajusté.

Court retour en arrière et nous allons visiter la galerie des Macaronis. Quelques vestiges de ce que cela a dû être quand les fistuleuses étaient encore entières mais le parcours est sympa quand même, en tous cas différent du reste.

A la descente nous décidons de passer par les cascadelles. On les prend en oppo et on ne se mouille pas plus qu’ailleurs jusqu’à la dernière, la plus aval que nous avions vue du bas. Petit essai en oppo mais la redescente ne me plait pas et je préfère mille fois me fiche à la baille que de redescendre de mon oppo en vrac sur les galets du fond. Donc rétropédalage et va pour un bain de cascade. C’est quand même le passage le plus amusant. Laetitia me suit et elle rigole bien aussi. Allez, maintenant que je suis mouillé, je remonte la cascade de face et je la redescends à nouveau : il ne sera pas dit que je n’ai pas affronté l’obstacle, même si les plafonds valaient le détour.

Revenons aux choses sérieuses. Nous reprenons la descente et nous bifurquons dans l’affluent des marmites que nous remontons. Quelques jolies marmites, dans l’une desquelles nous croisons une petite grenouille. A voir sa taille mannequin, elle n’a pas dû trouver grand-chose à manger dans ses marmites depuis un bout de temps. Ensuite méandre confortable jusqu’au laminoir des Huîtres. La tentation est grande de s’y engager pour boucler par la galerie du Sable et revenir au collecteur par l’affluent de la Grande Cheminée. Mais le temps passe et la topo détaillée du refuge laissait comprendre que le trajet pouvait ne pas être évident à trouver. De plus ma petite topo est trempée et on n’aura pas le droit de la sortir trop souvent. Conclusion : demi-tour définitif vers la sortie, nous avons de toutes façons vu le plus beau. On croise une salamandre sur le chemin. On essaye de repérer par où on aurait débouché en faisant le tour mais on arrive au pied du puits d’entrée sans rien y avoir compris. Et le plus beau, c’est qu’on n’a pas revu nos sables mouvants ! Est-ce que notre passage aller aurait perturbé leur équilibre et qu’ils se seraient tassés ? Mystère. Je remonte le puits et Laetitia ferme la marche. Finalement, les moustiques ont tendance à remonter quand on les dérange et ils sont moins gênants qu’à la descente.

Il est 15h quand nous sommes dehors. Nous allons nettoyer les cordes à Hayronville (le matériel perso est nickel, autre bienfait des cascadelles). L’endroit est charmant avec son vieux pont, les berges fleuries et les bergeronnettes qui égaient la rivière. Il y a même un banc au soleil pour manger un bout. Puis c’est le retour vers Metz où nous arrivons à 18h précise ! A temps pour que Laetitia, qui cultive les extrêmes, puisse rejoindre son vol en montgolfière. Elle vous racontera.

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